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Proxémie

                            Avant cette rencontre avec celle que j’aime appeler affectueusement « ma » sirène bretonne : je ne savais pas ce que le terme interaction avec le vivant voulait dire… et ce malgré les milliers d’heures passées sous l’eau en apnée dans le monde entier à mon actif.

 

Le lien qu’elle m’a permis de nouer avec elle a été extraordinaire. 

L’apnée que je pratique (et enseigne) a sûrement été la clé de la porte d’entrée à son monde.

 

Tous les jours elle m’attendait, 

tous les jours je lui parlais quand nous étions en surface et tous les jours on se rejoignait sous l’eau. 

C’était grandiose : un festival de langage non verbal et corporel ! 

 

Au début, tout en respectant nos espaces vitaux, nos bulles relationnelles… Puis la curiosité… Et enfin nos regards se sont croisés pour ne plus se lâcher. Loin de moi tout anthropomorphisme, mais j’aime croire qu’elle aussi recherchait ce lien qui nous unissait sous la surface. A la fin de chaque séance, après plusieurs heures dans l’eau, au moment où je devais remonter sur le bateau, elle faisait voler en éclats les parois de nos bulles en m’accompagnant et en venant me tirer par les palmes pour que je reste dans l’eau. 

Le moment le plus fort dans ces interactions fut lorsque, trop occupée à me mordiller les palmes, elle ne s’est pas rendu compte qu’elle était tout contre moi. Cet instant où l’on s’est retrouvé face à face, nos visages à quelques centimètres l’un de l’autre… La surprise, pendant une seconde ou deux, nous a effrayée… Mais nos regards ont eu le temps de se connecter avec ce lien qui plonge dans votre âme. La peur s’est diluée dans l’océan en un éclair… 

Par 15 mètres de fond, sommes-nous si différents l’un de l’autre tout compte fait ?

 

La qualité de présence c’est savoir se connecter à l’autre, 

instaurer la confiance, harmoniser sa bulle à celle de l’autre, trouver un espace commun. 

Et vous, comment créez-vous cette bulle commune, ce lieu d’échange ouvert et authentique dans la relation à l’autre ?

 

Je me souviendrai sans doute toute ma vie de ce moment rempli d’une douceur infinie à quelques centimètres de cet animal « sauvage ». Ces moments où l’apnée n’a plus d’importance, où mon caisson photo n’existe plus, où égoïstement je profite de ces instants hors du temps. 

 

J’aime me souvenir de ces scènes pour pouvoir les raconter plus tard à celles et ceux qui veulent bien m’écouter, me lire. 

Qui sait ? Peut-être qu’eux aussi tomberont sous le charme de cette sirène 

afin de sensibiliser sur la beauté du monde et sa fragilité. 

Je souhaite faire profiter au plus grand nombre de ses privilèges que m’offre la nature : 

les privilèges sont faits pour être partagés sinon, ils ne servent à rien !

 

Aujourd’hui encore, il ne se passe pas une journée sans que je pense à elle… 

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